
e-cinéma conférence
ONF
Le cinéma électronique
Dans sa forme la plus simple, le cinéma électronique est
la projection numérique ou électronique de films ou dévénements.
Il comprend aussi ce quon appelle le cinéma numérique,
cest-à-dire la projection numérique de films ou
dévénements sportifs ou dramatiques transmis numériquement
en direct. Dans la forme la plus aboutie du cinéma numérique,
toutes les étapes sont numérisées : le tournage,
la postproduction, la distribution et la transmission. Ce qui est le
plus courant aujourdhui, cest la projection numérique
de films 16 ou 35 mm convertis en format numérique.
Voilà pour les définitions. Lenthousiasme que soulève
le cinéma électronique nest pas dû à
la technologie en elle-même mais aux perspectives nouvelles quil
offre au cinéma indépendant, et cest dans le but
de concrétiser ces nouvelles voies au Canada que lOffice
national du film explore et promeut les possibilités de cette
nouvelle technologie, et a constitué un panel dexperts
internationaux pour discuter de son potentiel. Ce panel a eu lieu le
16 octobre 2003 à Montréal dans le cadre du FCMM, le festival
annuel international du nouveau cinéma et des nouveaux médias.
Quels sont les avantages de cette technologie? Tout dabord, elle
élimine les coûts de production et de distribution des
films sur pellicule, qui, pour les maisons de production indépendantes,
peuvent être prohibitifs. Deuxièmement, le format numérique
transmissible par satellite, par câble ou par fibre optique permet
aux films datteindre les régions les plus éloignées
du pays. Troisièmement, ces mêmes moyens de distribution
rendent possible la sortie et la projection simultanées dun
film indépendant à travers tout le pays. On peut donc
organiser des campagnes de promotion à léchelle
nationale et ainsi rehausser la visibilité des films indépendants
et, on espère, attirer un plus large public. Quatrièmement,
cette nouvelle technologie permet dassujettir à la projection
dun film des éléments ou des événements
additionnels comme une séance questions-réponses entre
le réalisateur et les spectateurs où quils soient
dans le pays.
Le cinéma électronique peut radicalement augmenter la
capacité de lONF de distribuer des uvres audiovisuelles
novatrices, pertinentes et reflétant la diversité culturelle,
et ce, dune manière éminemment démocratique,
capable daplanir les obstacles de natures géographique
et démographique propres au Canada. Cette technologie nous offre
le moyen inédit de rejoindre les Canadiens de toutes les régions;
elle ouvre la voie à de grands débats sur les enjeux sociaux
qui touchent la majorité des Canadiens et Canadiennes et établit
des ponts entre les communautés et les citoyens.
Nos trois invités, qui possèdent tous une expérience
concrète du domaine, présenteront divers points de vue
sur le cinéma électronique. Le cinéma électronique
en est à ses premiers balbutiements et les obstacles sont nombreux
: les projecteurs numériques sont relativement coûteux,
il nexiste toujours pas de normes internationales, et les propriétaires
de salles hésitent à se convertir au cinéma électronique
avant quune norme internationale soit établie et tant que
le prix de léquipement se maintient au niveau actuel. Cependant,
le UK Film Council sest lancé dans un vaste programme au
terme duquel (en 2006) 250 salles seront équipées de projecteurs
numériques en 2006. Richard Morris viendra nous parler de ce
projet dont il est lun des instigateurs. Le Dutch Film Fund a
fait installer à travers la Hollande une dizaine de projecteurs
numériques et dirige un programme national de projections de
documentaires les jeudis soir appelé DocuZone. Kees Ryninks,
Chef de la Section documentaire du Dutch film Fund et initiateur de
DocuZone nous entretiendra en détail de ce projet et de son pendant
européen. Un consortium dentreprises britanniques étudie
la faisabilité de la transmission de pièces de théâtre
(principalement) en direct ou en différé dans les salles
de taille modeste ou en région éloignée du Royaume-Uni.
Paul Kafno, représentant de HD-Thames, une des entreprises du
consortium, nous fera un compte rendu de cette expérience.
En qualité de consultant à lONF, Bill Nemtin, lanimateur
de la table ronde, a fait remarquer en ouverture que les experts invités
sont motivés par le contenu; tous trois, en effet, se demandent
comment présenter au plus large public et de la façon
la plus universelle possible un plus grand nombre dévénements
et de films, indépendants et spécialisés. Les efforts
engagés en Europe révèlent les possibilités
remarquables au niveau international de ces nouvelles technologies.
LOffice national du film voit le cinéma électronique
comme un moyen non seulement de présenter un plus grand nombre
de films canadiens au plus large public possible à travers toutes
les régions du pays car lONF est le regard du Canada
sur lui-même , mais aussi un moyen doffrir au monde
une vision du Canada et de ses valeurs, et douvrir dans nos communautés
une fenêtre sur la diversité du monde.
Cinéma numérique : implications et débouchés
pour le Canada
La principale proposition contenue dans ce document concerne le développement
du cinéma numérique, également appelé cinéma
électronique, qui offre des solutions nouvelles à certains
problèmes récurrents que connaît le Canada en matière
de culture, notamment labsence des films canadiens sur les écrans
et laccès restreint à la culture subventionnée
à lextérieur des grands centres urbains. Cette technologie
donne également loccasion de développer au Canada
un nouveau type de cinéma au contenu plus diversifié,
qui est produit à moindres coûts, offre un heureux mélange
de productions canadiennes et internationales et permet également
la diffusion, même dans les régions les plus éloignées
du Canada, dévénements culturels et sportifs ainsi
que des grands spectacles de musique, de théâtre et de
danse.
Les termes cinéma numérique et cinéma électronique
sont des termes génériques qui désignent une même
technologie. Le terme cinéma électronique est utilisé
dans le cas des écrans les moins dispendieux ayant une définition
et une luminosité moins grandes. De façon générale,
les systèmes de cinéma électronique ont une définition
maximale de 2 000 lignes et leur prix se situe entre 15 000 $ et 50
000 $, alors que les systèmes de cinéma numérique,
avec une résolution de 3 000 à 4 000 lignes, coûtent
100 000 $ et plus et, dit-on, offrent la même qualité dimage
que les projecteurs 35 mm que lon retrouve dans la plupart des
salles de cinéma.
Les motivations économiques qui ont mené au développement
du cinéma numérique sont simples : offrir la même
qualité à moindre coût. Généralisée
partout dans le monde, la pellicule 35 mm renferme les images, projetées
sur un écran de 10 à 15 mètres de largeur, et la
trame sonore, transmise par un système de son stéréophonique
utilisant la technologie Dolby ou léquivalent. Cette technologie,
développée au fil des 80 dernières années
et plus, garantit que lexpérience cinématographique
des spectateurs sera la même partout dans le monde.
La technologie du cinéma numérique permettra déconomiser
sur les coûts parce que linformation visuelle et sonore
est stockée sur un disque, un fichier ou un ruban numérique
et que, potentiellement, la transmission peut se faire directement aux
salles par satellite. Cela élimine les frais de copie en 35 mm,
qui sont denviron 2 000 $à 2 500 $ par exemplaire, les
frais denvoi aux diverses salles soit de 500 $ à
750 $ par envoi, de même que le contrôle des inventaires
et lentretien des copies. Cette technologie offre également
aux exploitants de salles une plus grande souplesse demploi puisque
linstallation des copies 35 mm prend du temps et les oblige à
programmer un film pour au moins une semaine. Dans une allocution prononcée
en 1998, la directrice du Institute of Standards and Technology du ministère
américain du commerce, la Dre Karen Brown, évaluait les
économies à 750 M$ US uniquement pour les coûts
de fabrication des copies et leur transport, pour les États-Unis
seulement. Avec laugmentation du nombre décrans à
léchelle mondiale, et particulièrement avec lavènement
de complexes à écrans multiples, léconomie
serait probablement de quelque 1,5 milliard de dollars. Si lon
ajoute à cela lavantage que procurent les disques ou fichiers
numériques qui ne se détériorent pas, ne subissent
aucune rayure ni perte de couleurs, la distribution par satellite ou
large bande qui réduit le nombre de projectionnistes requis,
on voit bien lintérêt de cette nouvelle technologie.
Cela rappelle un peu ce qui sest produit dans lindustrie
musicale avec les disques sur support vinyle. La possibilité
de convertir massivement à cette technologie les quelque 200
000 salles de cinéma de la planète a incité des
entreprises comme Texas Instruments, Barco, Christies et plus récemment
Kodak, à développer des systèmes de projection
numérique qui, à coût moindre, atteignent et même
surpassent les standards du film 35 mm. Des compagnies comme Sony, IBM,
Qual Comm Incorp., Hughes et Boeing offrent aux exploitants un forfait
incluant tout léquipement numérique, la liaison
descendante (par satellite), le cryptage, le stockage et la projection.
Au Canada, le fondateur du cinéma Ex-Centris à Montréal,
Daniel Langlois, a créé et développé un
système de boîtes noires pour le stockage qui permet le
téléchargement de films par satellite.
Le développement a été extrêmement rapide
et a suscité de grandes attentes. Il nest pas surprenant
quune recherche simple sur Internet avec lexpression "
cinéma numérique " donne accès à 1
250 000 points dentrée. Avec lexpression " cinéma
électronique ", on accède à plus de trois
millions de points dentrée.
Toutefois, la conversion du 35 mm à la technologie numérique
des 200 000 salles à léchelle mondiale prendra de
3 à 5 ans. À lheure actuelle, il y a moins de 200
salles numériques dans le monde, et il est significatif de constater
que leur répartition est très dispersée. On en
compte six au Japon, une en Corée, quelques-unes à Los
Angeles et trois au Canada. La plupart sont dans des pays en développement
comme la Chine, lInde et le Brésil, ou encore sont le fait
de chaînes de cinéma dart et dessai comme Landmark
aux États-Unis. Quelques films commerciaux sont sortis en cinéma
numérique tels La guerre des étoiles II : Lattaque
des clones, Trouver Nemo, Terminator 3, Sinbad, mais ce sont là
des exceptions.
Il existe un certain nombre dobstacles importants à la
conversion massive des salles de cinéma. Premièrement,
lindustrie est enfermée dans un cercle vicieux alors quil
ny a pas suffisamment de salles numériques pour justifier
la production de films en numérique, et pas suffisamment de productions
numériques pour justifier économiquement la conversion
à la technologie numérique.
Deuxièmement, les investissements sont stoppés en raison
du fait que ceux qui profitent le plus de la technologie numérique
sont les distributeurs, alors que ceux qui doivent faire les investissements
sont les exploitants qui, eux, ne réalisent pas déconomies
substantielles à court terme.
Troisièmement, la crainte du piratage menace et paralyse lindustrie
du cinéma, comme cela sest produit récemment dans
lindustrie de la musique, laquelle a accusé des pertes
financières énormes. En raison de sa compatibilité
avec Internet, la technologie numérique est perçue comme
risquée, bien que linscription par abonnement et les technologies
de cryptage soient susceptibles de réduire les craintes et de
constituer une solution au problème.
Finalement, la concurrence entre les grands studios hollywoodiens rend
difficile la collaboration entre eux. Bien que ces derniers aient mis
sur pied un comité conjoint sur la technologie numérique,
ils sont encore loin davoir résolu les problèmes,
en particulier sur le plan des spécifications techniques et des
formats, et ce, même si Lucas Arts et Disney ont tenté
de faire la promotion de cette technologie.
Par ailleurs, le cinéma électronique, la forme la plus
économique de cette technologie, se développe avec près
de 4 000 salles dans le monde, et les prévisions actuelles permettent
de croire que cette forme plus économique de cinéma numérique
connaîtra une croissance dans un proche avenir. Le chiffre précédent
ninclut pas les installations que lon retrouve dans les
institutions publiques musées, galeries, cinémathèques,
universités et autres maisons denseignement.
Limplantation de la technologie numérique a été
facilitée par lutilisation de cette technologie pour les
publicités en salles et la flexibilité quelle offre.
Au Brésil, notamment, quelques entreprises exploitent des réseaux
de cinéma électronique peu dispendieux distribués
sur disque et intégrant la publicité à lécran.
À Montréal, Daniel Langlois a exploité un système
semblable pendant un certain temps.
Développements significatifs actuels
Les applications imprévues dune nouvelle technologie deviennent
souvent plus importantes que celles que ses créateurs avaient
envisagées au départ. Ce fut certainement le cas dInternet
qui, au départ, devait servir à améliorer les communications
militaires. Comme nous le savons cependant, les utilisations commerciales
et civiles dInternet ont supplanté lutilisation prévue
au départ. Le présent document soutient lidée
que le cinéma numérique et le cinéma électronique
auront des applications qui navaient pas été prévues
par ceux qui sont à lorigine de cette technologie.
Le retard dans la conversion massive des salles de cinéma a déjà
permis lémergence dun certain nombre dautres
utilisations du cinéma numérique et électronique.
Parmi elles, la création de nouvelles entreprises spécialisées
dans le cinéma indépendant et étranger, de même
que linjection de fonds publics, au Royaume-Uni et en Europe,
en vue de faciliter laccès du public aux films britanniques
et européens. Également, à lextérieur
des grandes villes, des centres de diffusion dun nouveau type
se développent, permettant aux populations en région dassister
à des concerts, des événements sportifs et des
spectacles de comédies musicales, dopéra, de danse
et de musique classique.
Le Dutch Film Fund subventionne limplantation de salles numériques
aux Pays-Bas afin de résoudre les problèmes particuliers
de diffusion en salles des documentaires. La plupart des documentaires
ne sont pas tournés sur pellicule et dès lors, il faut
compter jusquà 50 000 $ de frais pour transférer
ces productions sur support 35 mm et ce, sans compter le coût
de fabrication et denvoi des copies.
Chaque mois, des centaines de développements surviennent dans
le domaine du cinéma électronique. On trouvera ci-joint
les plus significatifs dentre eux. Ils indiquent que le cinéma
électronique est en voie de simplanter au cours des prochaines
années et que ces développements sont particulièrement
pertinents pour le Canada.
Le UK Film Council
Lune des applications les plus pertinentes pour le Canada est
actuellement en voie dimplantation par le UK Film Council, linstitution
publique qui finance lindustrie du cinéma britannique et
qui est léquivalent de Téléfilm Canada. Comme
le Canada, le Royaume-Uni doit faire des efforts constants pour que
les productions locales soient présentées sur les écrans
du pays. Selon un récent document du Conseil portant sur les
politiques en matière de distribution, lun des principaux
problèmes en ce qui concerne laccès du public aux
productions locales est la difficulté den faire un nombre
suffisant de copies pour le nombre de salles disponibles. Lorsque le
public répond avec enthousiasme à la sortie dun
nouveau film, il ny a pas suffisamment de copies 35 mm pour répondre
à la demande. Cela sexplique simplement par le fait que
le coût de fabrication des copies est établi par les distributeurs
avant la sortie du film et que, dans la plupart des cas, on ne prévoit
pas quun film britannique puisse connaître un énorme
succès. Par conséquent, lorsquun tel succès
survient, on ne peut procéder assez rapidement à la fabrication
de copies supplémentaires. La projection numérique permet
de résoudre ce problème.
Lors de la réunion du conseil dadministration du UK Film
Council, le 3 juin dernier, on a pris la décision dinvestir
13 M£ (approximativement 30 M$ CA) dans la conversion à
la technologie numérique de 250 salles de cinéma dici
la fin de 2004. Le conseil prévoit également encourager
la création de centres de numérisation où lon
pourrait procéder rapidement à la conversion des films
35 mm en ruban numérique D-5 qui serait ensuite transféré
sur disques ou fichiers compressibles pour distribution par satellite.
Les salles commerciales qui souhaitent profiter des subventions à
la conversion devront consacrer leur programmation à des films
autres que ceux des grands studios. Rod Buckingham, directeur du secteur
de la distribution au UK Film Council, mène actuellement les
négociations avec les fournisseurs déquipements
et les exploitants de salles du Royaume-Uni. Ainsi, au cours des 16
prochains mois, 250 salles à léchelle du pays deviendront
disponibles pour les films produits au Royaume-Uni ayant le potentiel
dattirer un vaste auditoire. Cela constitue un nombre important
de salles dans un pays où la plupart des grands films hollywoodiens
sortent simultanément dans quelque 300 ou 500 salles.
Un autre élément de la stratégie du UK Film Council
consiste à consacrer deux millions de livres à létablissement
de salles de cinéma électronique consacrées au
développement culturel dans les régions éloignées
des grands centres urbains.
Le Dutch Film Fund
Le Dutch Film Fund finance la production de documentaires en Hollande
depuis 10 ans. Il y a environ trois ans, le conseil dadministration,
suite à une recommandation du directeur général
Kees Ryninks, a cessé dinvestir dans la production pour
une durée dun an et a alors consacré quelque 2,5
M$ US à limplantation de 10 salles numériques dans
lensemble du pays. En retour de cet investissement, les exploitants
de ces salles sengageaient à présenter, une fois
par semaine et simultanément dans les 10 salles, un documentaire
sélectionné par le Fonds. Cette expérience se déroule
depuis un an maintenant. Le public assiste en grand nombre à
ces " Jeudis du documentaire " et le Fonds a reçu des
demandes de dix autres salles qui souhaitent également profiter
de ce programme.
Pour pouvoir répondre à la demande, le Dutch Film Fund
sest tourné le Programme Média Plus - Soutien à
la mise en uvre de projets pilotes de la Commission européenne.
Le Programme Média Plus Soutien à
la mise en uvre de projets pilotes de la Commission européenne
Au sein de lUnion européenne, le programme Média
Plus joue le même rôle que joue Téléfilm Canada
chez nous. Basé à Bruxelles, le programme a des bureaux
dans toutes les grandes villes européennes et consacre la plus
grande part de son budget annuel de 350 M€ à la production
et à la mise en marché de dramatiques et de documentaires
européens. Le volet Soutien à la mise en uvre de
projets pilotes dispose de 5 % du budget total (soit 17,5 M€),
et est destiné aux projets reliés aux nouvelles technologies
et répondant aux objectifs du Programme Média Plus. Lan
dernier, sur linitiative de son directeur, Constantin Daskalakis,
le volet Soutien à la mise en uvre de projets pilotes a
consacré 3 225 000 € à des projets de distribution
numérique, dont deux projets visant spécifiquement à
doter les villes européennes de salles numériques. Une
des caractéristiques de ce programme est lexigence à
leffet que chaque projet doit toucher au moins quatre pays et
trois langues.
Cette année, le programme a sollicité uniquement les appels
de propositions de projets destinés au développement du
cinéma électronique. Les décisions de financement
devraient être connues bientôt.
China Film Corporation
La China Film Corporation importe en exclusivité les films étrangers
sur le continent chinois en plus dy exploiter 41 salles de cinéma.
Elle a récemment annoncé son intention dinstaller
des écrans numériques dans 100 salles à travers
le pays. Ce projet est perçu comme une façon de contrôler
les coûts dimportation des films en Chine. Le fait que les
films étrangers soient dabord présentés dans
le réseau de salles numériques permet déconomiser
les coûts de fabrication des copies 35 mm et, si un film connaît
un grand succès, alors seulement on importera le nombre suffisant
de copies 35 mm pour fournir les salles équipées de projecteurs
35 mm.
VTHR
La VTHR (Vidétransmission en haute résolution) a débuté
en 1994 en France. Lobjectif était de permettre aux communautés
rurales françaises davoir accès à des événements
sportifs et des spectacles de musique et de théâtre. Diffusant
dabord des documents de style publicitaire, le réseau a
progressivement amélioré cette technologie. La plupart
des salles ont été aménagées dans les mairies,
le réseau sest étendu et comporte maintenant plus
de 300 écrans en France. Limplantation du réseau
a largement profité du Mondial de football présenté
en France et remporté par ce pays (on peut imaginer leffet
quaurait eu sur limplantation dun tel réseau
chez nous la victoire du Canada au Championnat du monde de hockey sur
glace lannée dernière).
Le réseau présente, par lentremise des sociétés
membres, environ 20 événements en direct chaque année.
Récemment, les grands succès du réseau ont été
des spectacles dhumoristes.
VTHR est détenue et opérée par le Groupe EDF (la
société détat qui gère la distribution
de lélectricité) et elle est financée par
le gouvernement. Récemment, elle a estimé quelle
atteindra le seuil de rentabilité lorsque le réseau comptera
400 écrans.
HD Thames
En plus dêtre impliquée dans la production, la compagnie
HD Thames a mené au fil des ans plusieurs projets de recherche
et développement dans le secteur des nouvelles technologies.
Dans le domaine du cinéma électronique, HD Thames fut
lun des pionniers de Cinenet un projet européen
visant à développer la technologie du cinéma électronique
en vue de la distribution de productions audiovisuelles de grande qualité.
Ce projet regroupe des entreprises du Royaume-Uni, de la France, de
lAllemagne, de la Belgique et de lEspagne.
HD Thames est engagée dans deux projets de cinéma électronique.
Le premier, soutenu par le ministère du commerce et de lindustrie
du Royaume-Uni, est mené en collaboration avec Shooting Partners
inc. et British Telecommunications et il touche la technologie actuelle,
létablissement de la structure de prix et des exigences
en matière déquipement selon la dimension des salles,
laffranchissement des droits ainsi que les conditions du marché.
Le deuxième projet est soutenu par la Commission européenne
et est mené en
partenariat avec Folkets Hus och Parker (Folk Cinéma/Suède)
et Shooting Partners. Il compte sur la collaboration de Jacques Rey
(ex-directeur général de VTHR France), et sintéresse
principalement aux conditions du marché et aux plans daffaires
des entreprises.
HD Thames mène également certaines études plus
étonnantes dans le domaine du cinéma électronique,
études qui comprennent un certain nombre de projets pilotes visant
à tester les réactions du public à des captations
de spectacles. Le premier projet, mené au Royaume-Uni, consistait
à diffuser des productions par satellite simultanément
dans un certain nombre de petites villes du Royaume-Uni. Les productions
diffusées comprenaient un ballet, un documentaire, un concert
pop et une production regroupant des extraits de comédies musicales
londoniennes. Le projet visait à tester les réactions
du public de même que son évaluation de la qualité
technique dun système de projection numérique relativement
peu coûteux (approximativement 25 000 $ CA). Essentiellement,
léquipement utilisé était constitué
décrans dont la définition est de 2 000 lignes alors
que, généralement, les écrans de cinéma
numérique ont une définition de 4 000 lignes, avec une
luminosité et une définition deux fois supérieure.
Toutefois, lexpérience menée par HD Thames a montré
que lauditoire réagissait de façon enthousiaste
à la projection et navait aucun commentaire négatif
sur la qualité de limage. Toutes les salles avaient une
capacité de moins de 600 places, certaines dentre elles
étant plus petites. Le niveau moindre de définition de
limage semble donc répondre aux exigences des auditoires
payants quant à la qualité de limage.
La prochaine expérience sera menée à la fin du
mois doctobre prochain et consistera à diffuser par satellite,
simultanément dans trois salles numériques de France,
de Suède et de Londres, la magnifique production Les Miz at Royal
Albert Hall, un concert mettant en vedettes les principaux interprètes
des Misérables. Pour cette expérience, on est intéressé
à sadjoindre un partenaire canadien.
Banc dessai du ministère du commerce et de lindustrie
du Royaume-Uni sur le cinéma électronique
Le ministère du commerce et de lindustrie du Royaume-Uni
a constitué un banc dessai sur le cinéma électronique
qui permet de financer des projets de recherche, de tests et de démonstration,
dont les projets de HD Thames décrits dans le présent
document. Un des projets de ce banc dessai est celui mené
au National Film Theatre portant sur tous les aspects techniques du
cinéma numérique, soit léquipement, la distribution
par satellite, le cryptage, le stockage, la projection et la qualité
sonore. Ce projet vise essentiellement à établir les critères
et normes techniques, à évaluer le rapport coûts-bénéfices
ainsi que les produits de divers fabricants déquipements
de cinéma numérique. On évaluera également
les équipements en fonction de la capacité des salles
et de certaines utilisations spécifiques.
Peter Wilson, de la firme de recherche et dingénierie de
limage Snell and Wilcox est au cur de ce projet.
Bill Nemtin
Kees Ryninks
Kees Ryninks est Chef de la Section documentaire du Dutch Film Fund.
Il a été producteur de documentaires et a possédé
sa propre maison de production. Au cours de sa carrière en production
et en distribution, il a fait plus dune vingtaine de documentaires
et remporté plusieurs prix internationaux.
Le projet de documentaires numériques du Dutch Film Fund
Bonjour. Lorsque je suis devenu Chef de la Section documentaire du Dutch
Film Fund, il y a environ deux ans et demi, jai fait une recherche
au cours de laquelle jai réalisé que pour présenter
nos films dans les salles de cinéma, notre organisme dépensait
quelque 600 000 euros par année pour gonfler des pellicules 16
mm en format 35 mm. Cest là quest née lidée
du DocuZone. Jai calculé quen mettant de côté
ces frais annuels pendant trois ans, nous disposerions de 2,1 millions
deuros et que nous pourrions avec cette somme équiper en
matériel numérique une dizaine de salles de cinéma.
Et cest ce que nous avons fait.
En tant que Chef de la Section documentaire, jétais aussi
conscient de la baisse de plus en plus marquée de lassistance
aux projections de documentaires dans les cinémas, et mon travail
consistait, entre autres, à renverser si possible cette tendance.
Ce qui est actuellement problématique avec le cinéma numérique
cest que les propriétaires doivent eux-mêmes défrayer
les coûts de léquipement de leurs salles alors que
les distributeurs bénéficient dune réduction
des frais de copies et que nous profitons nous-mêmes dune
réduction de nos frais de gonflage des pellicules. Nous avons
dit aux propriétaires : " Nous vous donnons ce matériel,
mais vous devrez consacrer 6 % de votre programmation au documentaire
". Le UK Film Council utilise aujourdhui une entente similaire.
Et ça marche. Nous avons évidemment rattaché à
ces ententes dautres éléments comme des campagnes
de commercialisation, etc.
Nous avons débuté en 2002 avec dix salles. Nous projetions
un nouveau documentaire chaque semaine à partir du support DVD.
Et ce que nous avions espéré est finalement arrivé
: nous avions de plus en plus de spectateurs, et lexpérience
sest avérée en général un franc succès.
On ma aussitôt demandé de faire de nombreuses présentations
à travers lEurope, et il y a environ un an et demi je suis
même venu ici à Toronto parler de cette expérience.
DocuZone en Europe
Petit à petit, lidée mest venue quil
était possible de créer un DocuZone européen en
adaptant tout simplement à plus grande échelle le concept
néerlandais. Actuellement, lÉcosse, la Belgique,
la Hollande, lAllemagne, la Suisse, lAutriche, la Slovaquie,
lEspagne et le Portugal participent au projet. Le Royaume-Uni
nen fait évidemment pas partie, mais nous discutons régulièrement
avec le UK Film Council pour faire en sorte que leurs systèmes
soient compatibles avec les nôtres et que nous puissions dans
lavenir échanger des programmes. Les Écossais vont
équiper 7 salles; en Hollande, 25 systèmes viendront sajouter
aux 10 que nous avons maintenant; les Belges auront 7 systèmes;
lAllemagne sera dotée lan prochain dun vaste
réseau de 112 systèmes; les Suisses auront 15 systèmes,
et les Autrichiens, sept. Le Portugal et lEspagne ne possèdent
que trois systèmes chacun (en Espagne, par exemple, seules les
salles de Barcelone présentent des documentaires). Cest
une première étape et nous espérons que ce projet
prendra lentement de lexpansion.
Programmation, distribution et commercialisation
Ma motivation, ou plutôt notre motivation, a toujours été
le contenu : quel est le meilleur moyen damener ce contenu dans
les salles? Comment pouvons-nous défendre notre culture cinématographique
européenne contre lassaut du cinéma américain?
Je crois que lun des aspects les plus emballants de ce réseau
est la facilité avec laquelle il sera possible déchanger
des films. Nous voulons évidemment en premier lieu faire en sorte
que chaque pays puisse choisir un ou deux documentaires chaque année
et les ajouter dans un programme commun de douze documentaires européens.
Nous pourrons ainsi chaque mois mettre à laffiche un documentaire
dans chacun des huit pays équipés de matériel numérique.
Une des caractéristiques intéressantes de ce réseau
est quil permet la transmission en direct par satellite dévénements;
un réalisateur peut par exemple présenter son film simultanément
dans les 175 salles du réseau et la projection peut être
suivie dune séance questions-réponses. Nous avons
remarqué en Hollande que le nombre de spectateurs doublait lorsque
le réalisateur était présent cette séance.
Il est très important que chaque projection soit un événement;
la transmission par satellite nous permet justement de faire cela, de
créer quelque chose de sensationnel. De plus, le reste du temps,
le matériel numérique peut être employé à
donner une meilleure visibilité aux documentaires locaux. Il
est également possible dassurer la distribution à
grande échelle dun film et de lassortir dune
stratégie commerciale paneuropéenne à la manière
des grands studios. On peut utiliser la même publicité
en Espagne, en Hollande et dans les autres pays. On crée ainsi
un événement denvergure. Je crois quà
long terme ce réseau ouvrira la voie à un plus grand nombre
de coproductions entre les pays.
La technologie
Nous pourrions attendre Hollywood un bon bout de temps et lappeler
D-Cinema (cinéma digitale), ou nous pourrions aussi agir maintenant
avec E-Cinema (cinéma électronique). Le matériel
actuel, en terme de qualité, convient parfaitement aux types
de produits que nous utilisons. Je vous parle du documentaire
notre réseau sappelle le DocuZone européen ,
mais je tiens à préciser que nous avons atteint un niveau
de qualité qui nous permet de présenter une grande variété
de films, à lexception bien sûr des films Hollywoodiens.
QuHollywood opte pour le 4K ou le 2K na pas dimportance.
Le niveau de qualité actuel est si élevé quil
surpasse celui employé généralement pour le traitement
de nos films en 16 mm.
Comme vous le savez, de nombreux films sont aujourdhui tournés
à laide dun caméscope numérique. Je
crois quil est absurde de tourner un film en format vidéo
numérique pour ensuite le gonfler en 35 mm de façon à
le présenter dans les salles de cinéma. Par contre, ce
format donne au réalisateur une grande liberté; il peut
tourner son film avec un caméscope numérique, le monter
chez lui puis le projeter dans 175 salles à travers lEurope.
Cette nouvelle technologie est vraiment formidable. Au lieu davoir
deux ou trois copies dun documentaire qui font lentement le tour
du pays, on peut maintenant faire un lancement à grande échelle,
discuter en direct avec les spectateurs. Cest la même chose
avec les films spécialisés qui sadressent en général
à des publics particuliers. Tout est possible, et les nouveaux
créneaux de commercialisation quoffre cette technologie
sont prometteurs.
Laissez-moi vous exposer brièvement le fonctionnement de notre
réseau. Son centre de transmission sera établi en Allemagne.
Cest de là que la plupart des produits seront numérisés
et transmis au satellite. En créant DocuZone, nous avons découvert
quon commence à programmer
à la façon dune station de télévision,
les choses se déroulent plus rapidement quauparavant. Nous
allons de plus créer à Amsterdam un centre darchives
dédié tout dabord aux documentaires. Nous prévoyons
y archiver la plupart des documentaires de qualité pour être
en mesure de les transmettre par satellite vers un des pays membres.
Si, par exemple, lEspagne monte une rétrospective sur la
Catalogne et que nous possédons en Hollande un film sur ce sujet,
nous pourrions immédiatement le leur transmettre.
Le tout fonctionnera en format HD. Initialement, il y a environ un an
(en 2002), nous avions considéré travailler en format
SD, mais la technologie évolue si rapidement que lon peut
déjà, aux même coûts, adopter le format HD.
Il est possible que les projecteurs soient différents dun
pays membre à lautre; ce nest pas nécessaire
que chaque pays utilise le même équipement. Cependant,
le service sera rigoureusement le même dans chacun des huit pays
membres. Jaimerais préciser que bien que la Hollande et
lAllemagne utiliseront le satellite, son usage en Écosse
nest pas pertinent : les Écossais emploieront le même
support que nous utilisons actuellement en Hollande, cest-à-dire
le DVD. Même chose pour le Portugal et la Slovaquie. Les projecteurs
seront réservés surtout aux salles de 200 places et moins,
le type de salle où lon projette pour linstant des
produits spécialisés.
Lélargissement du réseau est possible. Avec le temps,
de plus en plus de salles investiront dans le matériel et on
pourra même intéresser de plus grandes salles. Cest
ce qui sest passé en Hollande. Nous avons équipé
dix cinémas; cinq autres salles ont acheté leur propre
matériel et nous leur fournissons aujourdhui les films.
Notre projet avance lentement mais sûrement. De plus, le prix
du matériel est en baisse. Tant que les prix seront élevés
personne se sera intéressé à investir, dautant
moins que léquipement actuel, en termes de rendu, noffre
rien de supérieur aux copies 35 mm. Mais à mesure que
les prix baisseront il ne fait pas de doute que les propriétaires
seront motivés à séquiper en numérique.
La gestion
Qui va payer pour cela? Le DocuZone européen est bâti sur
le même modèle que le DocuZone néerlandais. Les
salles sont équipées gratuitement, mais elles doivent
accepter de consacrer certaines tranches horaires au documentaire. Pour
linstant, il sagit dune projection hebdomadaire accompagnée
dune reprise. Nous allons leur demander de défrayer une
partie des coût de linstallation du matériel et aussi
de verser une caution minimale qui varie selon les pays. En Hollande,
par exemple, la caution est de 100 euros, mais dautres pays, comme
lÉcosse, ont accepté de verser 150 euros.
Le DocuZone européen aura ceci de particulier, comparativement
au DocuZone néerlandais, que nous pourrons surveiller lusage
des projecteurs. Ceux-ci en effet mémorisent de nombreuses données
comme létat de leur fonctionnement ou celles relatives
à leur entretien. Mais nous pouvons aussi savoir exactement à
partir dune poste central à quel moment un projecteur situé
en Espagne, en Allemagne ou en Hollande est actionné et combien
de temps il est en usage. Les frais exigés seront établis
daprès ces relevés, au taux horaire de six euros.
Nous avons voulu dès le départ que le DocuZone européen
soit financièrement autonome. Cest pour cela que certains
arrangements financiers ont été prévus. Le système
central, le DocuZone européen, reçoit chaque semaine 50
euros ou 50 % des revenus des documentaires européens. Ces 50
euros sont facturés à la salle et font partie de la caution
minimale.
La somme investie dans léquipement est de 40 000 euros,
une somme raisonnable puisque les fabricants se mettent actuellement
en quatre pour offrir les meilleurs rabais. On peut donc avec une telle
somme acheter beaucoup de matériel. Vingt-cinq pour cent de cette
somme sera financé par les revenus du DocuZone européen,
mentionnés plus haut; un autre vingt-cinq pour cent viendra des
médias le Media Plus Program nous a donné son accord,
et au cours des trois prochaines années, nous recevrons environ
2,5 millions deuros pour monter notre projet. Le reste, 50 %,
sera financé par les fonds régionaux ou nationaux comme
notre Dutch Film Fund.
Étude daudience
Notre projet contient aussi un volet recherche. En lan 2000, Amy
Hardie a entrepris en Écosse une enquête appelée
DocSpace sur les spectateurs des projections de documentaires. Nous
faisons présentement la même chose dans les huit pays membres.
Durant les deux premières années du projet, nous effectuerons
une étude daudience pour déterminer quelles sont
les personnes qui assistent aux projections de films spécialisés,
de documentaires, etc. Il sera alors possible de déterminer quelles
sont les campagnes de commercialisation qui pourront le mieux cibler
ces personnes. Nous aurons en mains un profil très instructif
des spectateurs européens que ce genre de films intéresse.
De nombreux réalisateur craignent de se voir forcés de
créer des films plus commerciaux, mais cette nouvelle technologie
ne modifiera pas notre façon de faire nos films. Les réalisateurs
peuvent tourner les mêmes films, cependant nous devrons être
plus clairvoyants dans le positionnement de ces uvres sur le marché.
En ce sens, la base de données des documentaires que nous allons
créer nous permettra détablir une meilleure programmation.
Le calendrier
Nous allons monter en Hollande un banc dessai afin de tester les
projecteurs. Le serveur informatique sera choisi à la fin de
cette année. Compte tenu de la grande quantité de projecteurs
de qualité sur le marché, nous allons les mettre à
lessai dans nos dix salles du DocuZone pendant environ quatre
mois. À la fin de cette période nous aurons choisi un
projecteur, et le lancement réel du DocuZone se fera en mai 2004.
Si tout va bien, à la fin de 2004 les 175 salles seront en exploitation.
Jai terminé. Merci de votre attention.
Bill Nemtin: Kees, voilà deux ans que vous présentez des
" jeudis documentaires " en Hollande, pouvez-vous maintenant
faire un portrait de votre public, nous dire qui le compose, quels sont
ses goûts et quels sortes de documentaires il apprécie?
Kees Ryninks: Bien sûr. Nous avons fait un sondage auprès
de notre public et, pour la plupart des projections de documentaires,
les spectateurs ont en moyenne 40 ans, ils sont majoritairement de sexe
féminin et possèdent en général une certaine
éducation. Dans la plupart des salles, les spectateurs ne sont
pas intéressés par les événements en direct,
mais je crois néanmoins que la présentation du concert
de David Bowie dans ces salles est quelque chose de très positif
parce quelle attire le jeune public. Le public de la plupart des
salles je ne parle pas des grandes salles se fait de plus
en plus vieux, et il est important dattirer une clientèle
dans la vingtaine. Les événements en direct peuvent jouer
ce rôle qui, à mon avis, est crucial. Et lorsque la glace
sera brisée, le jeune public saura trouver le chemin des mêmes
salles pour y voir un de nos films.
Paul Kafno
Paul Kafno, directeur général de HD Thames, est un des
pionniers de la haute définition au Royaume-Uni et en Europe.
Son aventure la plongé dans le monde du numérique
et de linteractivité. Un membre fondateur de " Open
University " il a été lun des initiateurs de
téléenseignement au Royaume-uni. Il a une vaste expérience
en tant que producteur et réalisateur en théâtre,
musique, évènements, sports et des documentaires éducatifs.
Introduction
Je suis avant tout, et depuis plusieurs années, producteur et
réalisateur pour la télévision. Jai fait
le saut dans le numérique vers la fin des années 80 parce
que cela simposait de plus en plus dans la réalisation
des émissions. Il ma fallu beaucoup de détermination
car je travaillais avec des personnes qui ne juraient que par lanalogique;
on me prenait pour un fou, et la lutte a été acharnée.
Lorsquelles ont compris toutes les possibilités quoffrait
le numérique, ça a été pour elles, je crois,
lillumination.
Cest pour ces raisons que le numérique sest imposé
à moi. Et ce qui ma amené au théâtre
électronique ou aux grands écrans, cest mon expérience
de la réalisation de spectacles. Au cours de mon travail à
la BBC puis à ITV jai adapté pour la télévision
de nombreuses pièces du répertoire classique Shakespeare,
Tom Stoppard. Et la première chose que lon remarque lorsque
lon diffuse à la télévision une pièce
de théâtre, cest quon en a une vision tout
simplement réduite. Le point tournant pour moi a eu lieu en Italie
lorsque jai assisté à un opéra un
genre de spectacle que je déteste voir à la télévision
: cest horrible projeté sur grand écran :
je suis resté rivé à mon siège, totalement
captivé. Jai été aussitôt converti,
comme saint Paul sur le chemin de Damas. Jai réalisé
que pour les spectacles et les événements un grand écran
simposait. Nous lavons aujourdhui. Au cours des dernières
années nous avons développé ce qui est devenu en
quelque sorte le théâtre électronique. Le producteur
pour lequel je travaille, HD Thames, soccupe également
de la mise au point de nouvelles technologies, et à partir du
milieu des années 90 il a participé au premier réseau
de cinéma électronique européen appelé Cine-Net.
HD Thames a consacré beaucoup defforts en recherche et
développement durant cette période. Jen ai tiré
quelques leçons et cela ma entraîné dans une
voie qui déjà mattirait, cest-à-dire
la présentation devant le plus grand nombre de spectateurs possible
de pièces de théâtre, de spectacles, et dévénements
en direct. Cest le sujet de mon allocution.
Quest-ce que le théâtre électronique?
Cest un nouveau médium; ce nest pas du cinéma
et, contrairement aux projets dont mes collègues vous ont parlé,
ce nest pas destiné aux salles de cinéma actuelles.
Cest un nouveau service qui a pour but de donner à la représentation
théâtrale un plus large public. Quest-ce que lexpérience
théâtrale? Eh bien, nous avons en Grande-Bretagne une longue
tradition de ce que nous appelons le language theatre, où le
mystère, la magie et la poésie des mots font partie du
spectacle et sont appréciés par le public. Les spectateurs
écoutent religieusement les pièces de Shakespeare et en
tirent beaucoup de plaisir. Cest typiquement britannique, et le
succès est assuré. La dernière pièce de
Shakespeare que jai adaptée pour la télévision
était La Nuit des rois pour Channel Four et notre part daudience
a été de 17 %. Ce nest pas énorme, mais cela
démontre tout de même que beaucoup de personnes apprécient
ces pièces, même à la télévision.
Nous cherchons à inclure dans le théâtre électronique
un contenu particulier : des événements en direct ou en
différé, des pièces de théâtre, des
comédies musicales, des concerts pop, de lopéra,
du ballet, et même de événements sportifs. Nous
envisageons dorganiser nos projections dans des lieux non conventionnels
comme les théâtres, les centres dart, les salles
de fêtes, les collèges et les écoles : des lieux
à lextérieur du réseau des salles traditionnelles.
Les salles de cinéma équipées de projecteurs électroniques
sont évidemment en mesure de présenter nos productions.
Comment cela fonctionne-t-il?
La technologie ressemble évidemment à celle de la télévision
numérique, mais comme nous lutilisons pour les événements
en direct, la captation se fait avec plusieurs caméras. Le signal
crypté est transmis en direct par satellite ou distribué
par câble. Nous projetons limage sur un grand écran
à laide de projecteurs électroniques et le son est
traité par des systèmes audio de grande qualité.
Nous employons pour le moment la définition standard DVB, daprès
un ensemble de protocoles de la télévision numérique
européenne.
Le cas du Royaume-Uni
Somme toute, nous avons un bien étrange pays. Nous avons réalisé
au cours du projet Cine-Net quil y avait très peu dendroits
au Royaume-Uni où lon présente des films. Il existe
environ 700 sites en exploitation, dont plusieurs, bien sûr, possèdent
plus dune salle. Cine-Net nous a appris quil y a des régions
entières de la Grande-Bretagne dépourvues de tout lieu
de divertissement, où il ny a aucune salle, que ce soit
de théâtre ou de cinéma. Et souvent, lorsquil
y a un théâtre, ses administrateurs ne mettent aucune pièce
à laffiche puisquils sont incapables den défrayer
les coûts énormes de production. Il y a donc un nombre
incroyable dendroits où il est impossible daller
voir une pièce ou un film. Une large part de la population na
pas accès aux films présentés dans le pays, en
majorité des films hollywoodiens destinés aux adolescents.
Nous avons découvert que le public dâge mûr
est plus quinsatisfait de ce quon lui offre. Ce public naime
pas aller dans les complexes multisalles, conçus pour les adolescents;
il recherche un contenu différent et aimerait voir des films
spécialisés ou des films en langue étrangère
mais ce nest pas souvent possible parce que personne na
les moyens dimprimer des copies sous titrées. Donc, un
vaste segment de la population aimerait faire des sorties, dépenser
de largent, mais il na aucun endroit où aller et,
dans les salles de cinéma lorsquelles existent ,
il ne trouve rien qui pourrait lintéresser.
Le théâtre attire beaucoup de spectateurs au Royaume-Uni;
cest un des divertissements les plus populaires. Il est étonnant
de voir combien dargent les gens sont prêts à dépenser
pour aller au théâtre. Malheureusement, les prix des billets
de théâtre sont très élevés. Il y
a aussi un aspect plus ou moins politique à cette situation puisque
la plupart des théâtres, des concerts et des événements
culturels sont financés par lÉtat. Toute la population
participe au financement au travers des impôts et des taxes, mais
pour assister à un spectacle subventionné il faut forcément
se rendre à Londres et pour plusieurs personnes cela se révèle
une entreprise dun coût prohibitif. Pourquoi est-il si compliqué
de voir des spectacles? Eh bien, il y a de moins en moins de théâtres
en région à cause du coût élevé des
productions. Les grandes compagnies comme la Royal Shakespeare Company,
la Royal Opera House et le Royal Ballet possèdent des programmes
de tournées extrêmement onéreux qui constituent
pour elles de lourds fardeaux parce quil nest pas question
ce faisant quelles interrompent leurs activités londoniennes.
Les billets sont chers et nous nous sommes de plus rendus compte que
de toutes façons peu de personnes aiment se rendre en ville.
Les gens ont peur de se faire attaquer, surtout sils ont à
se rendre dans le quartier West End de Londres. On sent que beaucoup
ne veulent pas sortir de leur voisinage et quils préféreraient
une activité locale.
Le théâtre électronique est le prolongement de Cine-Net,
lequel nous a fait réaliser que grâce aux grands écrans
les présentations de théâtre en direct deviennent
une expérience nouvelle et merveilleuse. Alors quun film
est, pour ainsi dire, une histoire racontée dans plusieurs endroits,
le théâtre électronique a lieu à un seul
endroit, dans une même salle. La scène peut être
modifiée, mais lendroit reste unique. On a limpression
dassister à un vrai spectacle, en temps réel; et
les acteurs apprécient cette sensation. Les acteurs aiment jouer
devant un vrai public, et le public adore ça : pour nous, cest
formidable.
La Vidéo Transmission Haute Résolution
Jaimerais mentionner aussi une expérience française
: la Vidéo Transmission Haute Résolution, ou VTHR, qui
a été lancée au début de années 90.
Les 300 sites de ce réseau, équipés de projecteurs
électroniques, sont pour la plupart des mairies françaises
où le public peut venir voir des transmissions dévénements
culturels, de pièces de théâtre, de concerts et
dévénements sportifs. Lors de la Coupe du Monde
de soccer le nombre décrans a passé subitement dune
centaine à environ 250. Laventure de la VTHR se poursuit.
Elle nous a fortement influencés lorsque nous envisagions la
création du théâtre électronique.
La technologie
Les premiers projecteurs électroniques que nous avons utilisés
lorsque je travaillais à la Thames Television étaient
dune qualité exécrable! Je détestais regarder
mes spectacles projetés par ces machines qui navait aucune
notion de mise au foyer ou des couleurs. Les choses ont radicalement
changé aujourdhui. Les appareils sont plus puissants que
les projecteurs traditionnels et la technologie évolue à
pas de géant. Tout marche en direct : on peut alimenter les projecteurs
par satellite ou à partir dun disque. Ils peuvent aussi
mémoriser et transmettre des données sur leur utilisation.
Nos expériences nous ont montré que les images de réalité
virtuelle ne subissent aucune dégradation. Ce sont des outils
fantastiques! Pour le son nous utilisons le système multicanaux
5.1 Surround Audio. Le codage et la compression du signal sont effectués
de façon très efficace selon la norme MPEG-2. La transmission
par satellite et la diffusion terrestre ou par câble se fait au
moyen, selon nous, dune technologie éprouvée. Et,
finalement, notre système de cryptage est dune grande fiabilité.
Essais préliminaires
Il y a un peu plus dun an, nous avons lancé au Royaume-Uni
deux programmes denvergure afin détudier les possibilités
du théâtre électronique. Un consortium composé
de HD Thames, de Shooting Partners/Anna Valley, une entreprise de technologie,
et de British Telecom a été mis sur pied lan passé
afin de mener des essais techniques et de contenu. Nous cherchions une
solution rentable et adaptée au Royaume-Uni. Nous avons opté
pour le moment, de préférence aux systèmes haute
définition, pour des systèmes numériques à
définition standard, bien quavec ceux-ci la moitié
des données est détruite par le codage. Il existe plusieurs
façons de perfectionner les systèmes à définition
standard; cest ce que nous essayons de faire.
Le contexte britannique
Il y a trois types de salles qui nous intéressent pour le moment
: les petites salles de 100 sièges ou moins, comme les salles
de fêtes; les salles de moyenne capacité, plus nombreuses,
comme les centres culturels ou les salles de théâtre où
il est possible dinstaller un écran et un projecteur; et
les grandes salles de 1 600 sièges ou moins. Certaines salles
du Royaume-Unis contiennent jusquà 3 000 sièges,
mais elles sont plutôt rares. Nous envisageons à la fois
des installations temporaires et permanentes. Dans une salle de fêtes,
par exemple, il faut être en mesure de retirer le projecteur pour
laisser la place à dautres activités.
Les essais techniques
Une grande variété de projecteurs ont été
mis à lessai. Nous avions un groupe spécial danalystes
et des membres du public. Le projecteur qui a remporté la palme
coûtait 7000 £ (les essais ont eu lieu au National Film
Theatre à Londres). Nous avons mis à lessai une
gamme de systèmes audio et avons été scandalisés
en prenant connaissance de leurs prix. La qualité du son dans
le genre de salles qui nous intéresse est une des choses qui
nous préoccupent le plus pour le moment. Nous avons étudié
les formats de codage et de cryptage et je vais entrer ici dans
les détails techniques nous sommes arrivés à
la conclusion, après de multiples essais, quun débit
de 15 mégaoctets à la seconde convenait parfaitement à
notre signal. Nous avons aussi étudié différents
moyens de diffusion en direct (satellite, câble, distribution
terrestre), de même que divers supports (vidéodisques,
disques de type DVD, qui semblent appropriés à certains
contenus spécialisés). Il fallait également considérer
les règlements relatifs à la santé et à
la sécurité applicables dans les lieux publics et au genre
de divertissement que nous voulons présenter.
Essais sur le terrain
Nous avons installé des écrans et des systèmes
audio à quatre endroits dans le Royaume-Uni. En deux jours nous
avons présenté six événements différents
transmis par satellite à partir de Londres. Le contenu était
varié : une pièce classique (Macbeth); un ballet (Le Lac
des cygnes), une comédie musicale (Hey, Mr. Producer), une comédie
(The Complete Works of William Shakespeare, Reduced), un concert pop
(Cliff Richards). Cliff Richards est toujours considéré
comme un musicien pop. Même moi, au bout de deux heures je lai
trouvé plutôt bon; et avant cela, je le trouvais insupportable.
Il y avait aussi un documentaire, Ferry up the Amazon, parce que nous
voulions voir si ça passait bien sur grand écran. Chaque
présentation était transmise en direct par satellite à
partir de la British Telecom dans South London.
Réaction de lassistance
La réaction des assistances a été extraordinaire.
Dans les salles de cinéma on peut de temps à autre entendre
les gens rire aux moments drôles dune comédie, mais
ils napplaudissent jamais. Durant chacune de nos projections lassistance
a applaudi. Il y a plusieurs années, lors de mon premier séjour
au Canada, jai entendu à Ottawa Marshall McLuhan définir
ce que sont un médium chaud et un médium froid. Il y a
quelque chose dans ces présentations qui en font un médium
chaud, qui fait réagir les gens. Avec le concert de Cliff Richards,
par exemple, la plupart des spectateurs, dont lâge moyen
se situe dans la soixantaine, fin de la cinquantaine comprise, dansaient
au son de la musique. Le directeur est venu me voir et ma dit
: " Je nai pas de permis pour la danse : quest-ce quon
fait? "
Cest le concert de Cliff Richards qui a attiré la plus
forte assistance. Les autres événements qui ont attiré
un public nombreux sont Macbeth; The Complete Works of William Shakespeare,
Reduced (une comédie que jai réalisée avec
Bill et qui, en dépit de ma contribution, est assez drôle);
et Le Lac des cygnes, un enregistrement vieux de quinze ans, mais dont
chaque scène a été applaudie. Il y avait un couple
de personnes âgées assis derrière moi, et après
quelques applaudissements jai entendu le vieil homme dire "
Alors cest en direct, nest-ce pas? ", et sa femme a
répondu : " Mais oui, mon chéri, cest en direct
". Cest à ce moment quapparut à lécran
un plan rapproché dune personne portant une chemise et
une cravate à la mode des années 80. Malgré quil
sagissait dun enregistrement, le public la perçu
comme un événement en direct et applaudissait à
la fin de chaque scène remarquable!
Sondage
Nous avons mandaté une importante agence détude
de marché, ICM, pour effectuer un sondage indépendant.
Soixante-seize pour cent des personnes sondées ont trouvé
que lévénement était très bon; 92
% lont jugé très (63 %) ou assez (29 %) agréable.
La qualité de la projection couleurs, netteté et
contraste a été jugée excellente. Quatre-vingt-huit
pour cent des personnes ont répondu quelles assisteraient
volontiers à de nouvelles projections de théâtre
électronique. Les personnes ont réagi de façon
très positive et, fait particulièrement intéressant,
il ny a eu aucun commentaire négatif au sujet de la qualité.
Macbeth, que nous avons enregistré aux studios de la Thames Television
avec Ian MacKellan et Judy Dench au début des années 80,
avait été filmé sous un éclairage très
faible. Du point de vue technique, ce nétait pas très
bon, mais nous navons eu aucun commentaire négatif parce
que le jeu des acteurs était de très haut niveau. Il y
a, je crois, un message dans tout cela : il est indéniable que
cest le contenu qui prime. Ce nest pas une excuse pour se
contenter dun niveau de qualité moindre. Le contenu mène
le spectacle, et je crois, surtout en ce qui a trait aux uvres
conservées en archives, que les gens montrent de lintérêt
pour les enregistrements des années passées même
si leur qualité technique peut laisser à désirer.
Ce que les gens recherchent
Quatre-vingt-deux pour cent des personnes désirent voir des pièces
de théâtre; 81 %, des concerts; 71 %, des comédies;
64 %, des événements culturels. Et environ 59 % des personnes
sondées sont attirées par le documentaire. Un pourcentage
qui, bien quen fin de liste, démontre que le documentaire
est apprécié. Kees Ryninks et moi avons tout récemment
essayé de trouver un nouveau nom à la présentation
de documentaires sur grand écran. Jai trouvé la
formule " real life adventure ". Le documentaire présenté
(Ferry up the Amazon) racontait lhistoire dun pasteur écossais
qui achète un bateau et remonte lAmazone pour aller aider
les populations locales. Au petit écran, ça navait
rien dextraordinaire, mais sur grand écran cétait
vraiment magique. Lassistance sest bien amusée. Les
gens étaient contents de leur sortie et ont manifesté
leur désir de revenir encore et encore. La participation du public
a été formidable tout au long de lexpérience.
Le public était composé principalement de personnes dâge
mûr; certaines personnes nous ont dit quelles en avaient
assez de rester à la maison à regarder la télévision;
elles voulaient sortir, quitte à dépenser de largent
pour revivre une telle expérience. La majorité, ou presque,
des gens sest déclarée déçue par le
contenu télévisuel.
Prochains essais
Nous allons, en partenariat avec la firme suédoise Folkets Hus
och Parker, transmettre en direct à partir de Londres une représentation
des Misérables pour étudier la faisabilité dun
service européen. Le signal sera dirigé par satellite
vers deux salles de cinéma suédoises, lune à
Stockholm et lautre dans une petite localité du nord du
pays.Richard Morris
Richard Morris est président-directeur général
de Juggernaut Pictures, une société de production et de
conseil située à Londres. Richard a été
larchitecte de la stratégie de distribution et dexploitation
numériques que le UK Film Council applique présentement.
Il sagit dun des plans les plus audacieux pour présenter
dans les salles de cinéma britanniques des films non hollywoodiens.
Richard a été un des producteurs délégués
du film de Lars Von Trier Dancer in the Dark, le premier film contenant
une scène tournée avec 100 caméras DV. Il a récemment
créé un évènement remarquable au Royaume-Uni
en diffusant sur Internet le film This is Not a Love Story, lequel a
causé une telle surcharge que ça cest devenu un
évènement médiatique plus quun évènement
cinématique.
Richard Morris: Je vous remercie de vous être déplacés
ce matin. Je nai pas conçu cette stratégie, jai
conçu celle qui a servi de point de départ au UK Film
Council, et qui a incité le fonds de distribution à mettre
sur pied le projet. Jai intitulé mon allocution "
Entertainment Transformed " parce que je crois que ce titre décrit
bien la situation qui existe actuellement et prévaudra à
lavenir dans le secteur de lexploitation et du cinéma
tel que nous le connaissons.
Le UK Film Council
Le UK Film Council est le plus important organisme gouvernemental uvrant
dans lindustrie cinématographique. Financé par les
loteries, il injecte 50 millions de livres par année dans les
secteurs de la production, de la distribution et de lexploitation.
Chaque année, il soccupe de plus de 300 projets de longs
métrages. Le UK Film Council se tient au courant des nouvelles
technologies, mais son principal souci est dordre culturel : il
cherche à étendre la sphère du cinéma à
lintérieur du Royaume-Uni, et à y intégrer
dautres cultures et de nouvelles infrastructures.
Le point sur le cinéma numérique
Il y a présentement 174 projecteurs numériques installés
à travers le monde et environ 31 films projetés numériquement.
Par " projetés numériquement " je désigne
les films tournés en numérique et projetés en numérique,
ou des films qui ont été numériquement retouchés,
plutôt que les films 35 mm projetés numériquement.
Je vais vous entretenir de la vision britannique du cinéma numérique,
et non du cinéma électronique et des contenus non conventionnels,
bien que je mentionnerai en passant ces sujets.
Quattendons-nous du cinéma numérique?
La technologie. Nous voulons du concret. La technique existe déjà;
personne ne peut le contester.
La norme. Nous avons besoin dune norme. Le consortium des sept
grands studios, le Digital Cinema Initiative (DCI), aimerait imposer
sa norme à travers le monde, mais nous ne croyons pas quune
norme internationale soit nécessaire. Nous pouvons nous contenter
dune norme interopérable avec les autres normes mondiales.
Les formats de type DVD et VHS ont déjà été
lobjet de ce problème dans le passé et seront dans
lavenir capables dy faire face à nouveau.
Rentabilité.
Il faut mettre sur pied un modèle dentreprise rentable
qui fonctionne à une échelle où tout le monde trouvera
son compte.
Protection. Puisque notre intention est de transmettre en continu des
films par satellite, nous voulons nous assurer que les films soient
sécurisés et puissent être présentés
en première. Nous voulons contrer autant que possible le piratage.
Ceci dit, le 35 mm et le VHS ne comptent pas parmi les formats les plus
sûrs et nous ne pouvons, au point de vue de la protection, que
les égaler ou possiblement faire mieux.
Quattendent les grands studios du cinéma numérique?
Nous ne pouvons ne pas aborder la question des grands studios puisque
le cinéma américain compte pour 90 %, et même plus,
de tout le contenu présenté actuellement dans les salles
britanniques.
Les grands studios veulent présenter de grosses productions,
des films numériques : il ny a pas de limites. Ils veulent
de plus fortes assistances, de la publicité, des commandites
: ils feront tout pour tirer le maximum de leurs salles. Ils veulent
aussi la meilleure qualité.
Les Américains sont actuellement en période dessais.
Idéalement, ils veulent être capables de passer au numérique
du jour au lendemain.
Quattend le Royaume-Uni du cinéma numérique?
La diversité Au Royaume-Uni, nous voulons plus de diversité
et une gamme plus étendue de films spécialisés.
Par " films spécialisés " jentends des
films indépendants, étrangers et britanniques. Nous voulons
élargir la programmation des salles conventionnelles. Nous savons
tous que la plupart des complexes multisalles à travers le monde
favorisent les grands studios, quon ny présente en
majorité que des films américains. Ce nest pas suffisant.
Une très grande partie de la population réclame quon
lui présente plus de films non conventionnels. Nous lui devons
cela. Nous voulons que plus de gens apprécient à sa juste
valeur lexpérience cinématographique dans ses aspects
culturel et divertissement. Il y a beaucoup plus de choses à
voir dans le monde que ce que les majors ont à offrir.
De meilleurs coûts, une plus grande visibilité, une plus
forte assistance et meilleure coordination des sorties en salles
Les coûts :
Le coût des copies 35 mm et de leur transport est très
élevé : trop élevé lorsquil sagit
de films à petit budget. Le nombre limité de salles à
notre disposition : Il y a très peu de centres culturels et de
salles indépendantes au Royaume-Uni, et la plupart sont concentrés
dans les grandes villes; en fait, la majorité de ces endroits
sont situés à Londres. Le nombre limité de séances
de projection : Dans certaines salles, les films spécialisés
sont projetés à des heures peu favorables et ne restent
à laffiche quune seule journée, et de plus
le public est mal informé de leur programmation. Promotion de
faible envergure : Les films à petit budget présentés
dans les petites salles ont peu dargent à consacrer à
la promotion. Il faut tenir compte de la promotion pour attirer une
plus forte assistance. Le volume des ventes dun film aux stations
de télévision est directement lié au volume des
ventes aux guichets. Coordination des sorties en salles : Actuellement,
la coordination des sorties en salles se fait de façon très
morcelée à travers les régions. Il peut exister
une ou deux copies dun même film dans tout le Royaume-Uni
qui font le tour des régions en deux ou trois mois. La promotion
est alors très fragmentaire.
Les avantages de la technologie numérique
Des coûts réduits, une programmation plus étendue
et plus souple
Le coût daccès au marché sera réduit
: les copies 35 mm seront remplacées par les formats D-5 ou même
DVD, moins chers, et les frais de transport seront évidemment
moins élevés. Il y aura une plus grande gamme de films
offerts parce que les producteurs indépendants pourront facilement
graver un film sur DVD et lenvoyer à une salle quelconque.
Les réservations et les programmes se feront avec plus de souplesse.
Internet peut jouer en ce sens un rôle majeur : cest le
médium idéal pour rendre accessible jour après
jour le programme dune salle, faire connaître les nouveaux
films à laffiche et attirer le public du voisinage. Il
ny aura plus de programmes hebdomadaires, mais plutôt un
programme quotidien. La situation se trouvera radicalement modifiée.
Le but de tout cela est de rendre les films indépendants accessible
au plus grand nombre.
Le UK Film Council et le réseau Digital Screen Network
Nos objectifs
Nous envisageons dinstaller 250 écrans dans environ 150
salles complexes multisalles, salles indépendantes, centres
culturels à travers tout le pays. Nous ninclurons
pas les salles de fêtes : ce seront des salles professionnelles.
Nous utiliserons le meilleur équipement possible. Nous sommes
convaincus que le niveau de qualité actuel de léquipement
et de la technologie conviendra au public et au types décrans
existants.
Le financement
Nous ne pouvons agir seuls; leffort doit être collectif.
Si lon veut devenir un acteur de lindustrie numérique,
de lexploitation numérique, il faut dans une certaine mesure
aller de lavant, trouver des associés. Le UK Film Council
est le principal défenseur du projet; nous en sommes les principaux
associés, nous avons quelque chose à offrir, mais nous
comptons sur le travail déquipe et les commanditaires.
Nous désirons nous associer à des fabricants de projecteurs,
des exploitants, des serveurs informatiques, des sociétés
de marketing, et aussi à des diffuseurs.
La distribution
Les originaux seront en format HD D-5. Cest la norme que nous
avons choisie, et cela pour deux raisons : premièrement, sa qualité
est convenable, cest la meilleure qualité disponible; deuxièmement,
elle sera interopérable avec les normes de transmission en vigueur,
aux États Unis par exemple. Pour chacun de leurs longs métrages,
les grands studios créeront un original HD D-5, et nous devrions
faire la même chose en Europe. Pour ce qui est de la fabrication
des originaux et de la distribution des copies aux exploitants, il y
a actuellement au Royaume-Uni un petit nombre dexploitants HD,
quelques entreprises soccupant du transfert en HD, et autant dentreprises
de postproduction en HD. Il nous en faut plus, et pour cela nous étudierons
quelques avenues. Côté distribution, tout sera dabord
mis en place puis le contenu sera livré sur bandes et sur disques
durs, et traité pour diffusion. La récente production
This Is Not a Love Story a été transmise en continu au
Watershed Cinema à Bristol. Cest donc faisable, mais éventuellement
les transmissions se feront par satellite ou par large bande.
La programmation
Cest ici que le cinéma devient plus intéressant
et que lon verra le plus de changements. Nous devons établir
une entente. Les exploitants membres recevront, au travers de la traditionnelle
relation distributeur-exploitant, un pourcentage minimum des recettes
des films spécialisés. Mais ils doivent cependant accepter
de présenter un certain nombre de films spécialisés
provenant de Digital Screen Network. Nous allons aussi instaurer parallèlement
une programmation générale constituée dun
certain nombre de séances de projection consacrées aux
films darchives, aux films en première, aux sorties DVD,
etc. Pour être membres du réseau, les exploitants devront
sengager par contrat à réserver au DSN, à
certaines périodes de lannée et aux jours désignés,
de telles séances. Le but est de donner de la visibilité
aux films non conventionnels et spécialisés. Nous pourrons
aussi présenter des conférences en direct, de partout
à travers le monde, ou encore en transmettre à loccasion
des festivals. Des événements spéciaux comme des
conférences, des concerts, des événements sportifs
pourront aussi faire partie de la programmation, tout simplement parce
que la technologie nous le permet.
La commercialisation
Il faut commercialiser notre réseau. Nous espérons créer
une marque de commerce pour que le grand public puisse facilement identifier
le Digital Screen Network. Nous aurons besoin de laide des grands
médias et des nouveaux sites Internet. Il nous faut trouver les
façons dattirer dautres personnes qui pourront nous
aider dans la commercialisation de nos films et de notre réseau.
Tout cela sajoute aux moyens de distribution et de commercialisation
traditionnels, quil sagisse des journaux locaux, des émissions
de télévision, ou de toute autre source de financement.
Les réalisateurs
Noublions pas les réalisateurs : ils sont au centre du
projet. Nous devons les familiariser avec léquipement de
production. Nous devons leur dire : " Si vous voulez être
indépendants, tournez en numérique ". Le UK Film
Council croit que les réalisateurs doivent tourner dans le format
de leur choix, mais, en fin de compte, le numérique va rester,
et comme il sagit dun moyen rentable de tourner un film
et de le présenter au public, beaucoup de réalisateurs
en bénéficieront. Il y a par exemple un cinéma
londonien, le Brixton Ritzy, qui possède un projecteur numérique
et ceci est formidable vous pouvez tourner dans la rue
avec votre caméra DV, entrer dans le cinéma, vous brancher
au projecteur et présenter votre film au public. Ils sont bien
ancrés dans leur communauté, ils veulent que les cinéastes
adoptent le format numérique afin de présenter plus de
contenus locaux. Je sais que des cinéastes du quartier se présentent
au cinéma pour montrer leur travail au moins une fois par mois.
Il y a un peu déducation à faire à ce niveau
et nous devons familiariser les cinéastes avec la production
des films numériques.
Le calendrier
Lobjectif est de commencer avec 50 sites un nombre assez
considérable au cours du premier trimestre de 2004. Le
réseau entier devrait être sur pied au début de
2005. Tout se déroule comme prévu pour linstant.
" Pourquoi tant de presse? ", diriez-vous. Il ne sagit
pas de se presser, mais pourquoi attendre? Loccasion, le créneau,
est là. Vous pourriez sans doute suggérer quil faille
attendre que les États-Unis montrent la voie à suivre.
Nous ne prétendons pas être plus qualifiés ou plus
rapides que les États-Unis, non, mais loccasion existe;
nous voulons présenter des films spécialisés et,
en tant quacteurs de lindustrie britannique du cinéma,
nous voulons présenter plus de contenu, et des contenus différents
du cinéma américain. La technologie actuelle nous convient
parfaitement. Un grand nombre dexploitants narrivent pas
à remplir leurs salles. Plusieurs ne demandent pas mieux que
dinstaller un système numérique de moyenne qualité
pour présenter des films spécialisés dans une de
leurs salles. Ou même dans deux salles. Ils sont prêts à
tenter lexpérience. Mais cest maintenant que nous
devons agir et profiter de la conjoncture.Les avantages pour lindustrie
Tout lindustrie profitera de la création du réseau.
Les exploitants diront : " Attendez, est-ce que ça marche?
Oui? Fantastique! Jai besoin dagrandir pour faire de la
place aux films spécialisés. Il faudrait que jachète
de léquipement et des projecteurs numériques pour
quil y ait plus de salles spécialisées dans mon
complexe ". Cest la réaction que nous attendons. Et
lorsquil y aura plus de salles spécialisées il sera
alors nécessaire dorienter la promotion vers le public
des films spécialisés. Ce sera la première fois
dans lhistoire du cinéma spécialisé que lon
pourra organiser la distribution dun même film à
léchelle du pays. Les salles du réseau seront les
lieux les plus appropriés pour les campagnes éducatives
et le cinéma électronique. Du contenu non conventionnel
mur à mur. Nous voulons aussi que le réseau ait une marque
de commerce et quil soit commercialisé en partenariat,
si possible, avec plusieurs grands médias.
Le maïs soufflé
A u Royaume-Uni, les salles de cinéma ordinaires sont en général
totalement vides : un véritable gaspillage. Ce nest certainement
pas un modèle de rentabilité. Nous pouvons faire mieux.
Et en fin de compte notre projet sattaque à ce problème
qui touche les exploitants de salles.
Vous vous demandez sans doute si je noublie pas quelque chose
dimportant. Oui, bien sûr. Il sagit dun produit
très ancien originaire des côtes du nord du Pérou.
Il remonte, croyez-le ou non, à environ lan 300 à
lépoque des sociétés pré-inca. Je
parle évidemment du maïs, parce que cest ce qui intéresse
les complexes multisalles et les exploitants en général
: vendre plus de maïs soufflé. En attirant plus de spectateurs
on vendra plus de maïs soufflé. Cest étonnant,
mais cest ce qui va sauver lindustrie cinématographique
telle que nous la connaissons. Il existe peu de produits dans le monde
qui ont une marge de profits supérieure à 400 %. Voilà
de quoi réfléchir.
Conclusion
Lavenir est numérique. Il ny a pas de doutes que
le numérique remplacera la pellicule 35 mm. Cest un fait,
et vous pouvez me citer. Nous avons choisi au Royaume-Uni de faire partie
de laventure. Cest un début. Je crois personnellement
que ceux qui ne font pas derreurs ne font pas les effort nécessaires.
Nous pouvons faire des erreurs, cest possible, mais entre-temps
nous apprendrons quelque chose. Je crois que cela en vaut la peine et
quil faut aller de lavant. Nous verrons ce qui arrivera
lorsque le réseau sera en activité et où tout cela
va nous mener. Merci beaucoup.
Une production de l'Office national du film
du Canada ©2004 Tous droits réservés.