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L'ARCHE DU DESERT

un film de Mohamed Chouikh

 

Réalisation : Mohamed CHOUIKH
Scénario & dialogues : Mohamed CHOUIKH
Directeur de production : Rachid DIGUER
Musique originale : Philippe ARTHUYS
Son : Rachid BOUAFFIA
Chef monteuse : Yamina CHOUIKH
Photo : Mustapha BELMIHOUB
Myriam : Myriam AOUFFEN
Houria du Ksar : Messaouda ADAMI
Amin : Hacen ABDOU
Cousine : Shyraz ALIANE
L'Enfant : Amin CHOUIKH
Sage Omar : Abdelkader BELMOKADEM
Mère de Myriam : Fatyha NESSERINE
Tante de Myriam : Lynda FARES
El Moutanabi : Ali BENSAïB
Mère d'Amin : Zoubida SAïKI
Sage : Ali Mahfoud KOBI
Moussa : TIZEGGAGHINE
Oncle : Hassen KACHACHE
Le Mendiant : Bahous BOUHAFS
Aïssa : Ali MEHELLA
Frère d'Amin : Abdelkrime BENCHEIKH
Musiciens : Athmane
Djamila SOUFFI
Saïd OULD ARBI
Accessoiriste : Mohamed MILOUDI
Régisseur de Plateau : Mustapha BOUDOUAYA
Régisseur Extérieur : Kada SELMI
Chef Maquilleur : Tahar CHERFAOUI
Chef Costumière : Zola LAMAîNI
Régisseur Général : Brahim TIZEGGAGHINE
Script : Djamila BENFERHAT
Voix : Youcef BOUKHENTACHE
Musique : Diwan Groupe Sidi YACOUB
Chants du Mariage : Groupe des KHENFFOUSSIATTES
Producteurs délégués : Nadjet TAIBOUNI, Sandrine VERNET
Producteurs Associés : Klaus GERKE, Thomas KROH ENPA

Auditorium JACKSON, Mixeur : Gérard ROUSSEAU, Assistants Mixeurs : Adam WOLNY, Thierry RENAUT,Guillaume LERICHE, Bruiteur : Pascal DEDEYE, Accueil : Anne SCHULTZ, Laboratoire : TELCIPRO, Chargé de fabrication : Jean Claude LETRILLARD, Etalonneur : Angela PASCOUX, EASTMANCOLOR KODAK - ARRI B.L. Générique : CINEDIA-ATELIER PRO

Nous remercions les communautés de : IGHZER, TIMIMOUN, HADJ GUELMANE, OULED SAID, AGHLADE, LE P.N.U.D., LES AFFAIRES ETRANGERES ALGERIENNES, Monsieur Slimane CHEIKH, Monsieur N. RAHMANIA, L'O.N.A.T., Mmes Elyane DANIEL, Jacqueline ADDA, Sarah TAOUSS

Une coproduction ATLAS-FILMS (Algérie), K-FILMS PRODUCTION (France), E.N.P.A. (Algérie), VULKAN Kultur GmbH (Allemagne) & Le Ministère de la Culture et de la Communication (Algérie), Fond Sud: Ministère des Affaires Etrangères, Ministère de la Coopération, Centre National de la Cinématographie (France), L'U.N.E.S.C.O. & la contribution de la Fondation Montecinemaverità, Locarno, Suisse ainsi que la DDA : Direction de la Coopération au développement et de l'aide humanitaire

version française

english version

german version

 

 

De l'Enfer on vous ramène un conte...

Après "La Citadelle" et "Youcef ou la légende du septième dormant", "l'Arche du désert" est un conte allégorique sur la violence et ses origines.

Il existe vraiment mille et une histoires ordinaires tous les jours et partout dans le monde. Elles sont petites, laides et sales. Elles brisent pour un instant l'harmonie des apparences et nous ouvrent les yeux sur l'enfer. C'est une de ces histoires que raconte "L'ARCHE DU DESERT" de Mohamed Chouikh.

Un conte qui ne commence pas par "il était une fois", mais par "il existe" sans énoncer le temps et le lieu. Dans une mer de sable qu'on appelle désert, une arche, qu'on appelle aussi oasis. Une histoire de baisers anodins entre Myriam et Amin va bouleverser dans cette oasis l'ordre établi pendant des générations, entre les différentes ethnies. Cette entorse aux vieilles conventions, dont personne ne demande ni ne connaît plus le sens, montre les frontières jusque là invisibles entre les ethnies. Pour ces frontières invisibles il n' y a pas de mots, celles qui sont visibles s'appellent rascisme.

Il existe un élément pour lequel les différences sociales et raciales ne jouent aucun rôle : l'eau. Devant cette eau tout le monde est égal et parce que cette égalité semble insupportable les habitants détruisent ce qui est l'essence de leur vie.

A l'inverse du mythe de l'Arche de Noé, l'Arche du Désert devient lieu d'autodestruction de ceux qui y ont cherché refuge. Les hommes provoquent la catastrophe qu'ils voulaient éviter. Ils ne connaissent plus le pardon des vieux mythes.

El Moutanabi, tel Noé, se retrouve seul sur son bateau dans le désert - comme un anachronisme. Pas même une bête ne cherche sa protection. Il attend le déluge qui changerait son épave en Arche et lui en Noé. C'est un fou, un fou hors de son temps, qui attend du ciel une violence qu'il ignore sur terre. L'Arche du désert est un bateau fantôme.

J'ai puisé mes sources narratives et esthétiques dans la culture du verbe et de la poésie populaire, celle des couleurs vives et celle où le geste grossit démesurément l'amour et la haine, celle aussi où la passion amplifie les drames. L'Arche montre un peuple pauvre vivant dans une Cité éphémère bâtie sur et avec du sable. Dans ce désert hostile où l'environnement est fragilisé au gré des tempêtes et du vent, les êtres demeurent comme le seul relief. Ils s'accrochent éperdument à leurs histoires, leurs légendes, leurs courages et leurs lâchetés. Leur attitude fétichiste frise le plus souvent le ridicule. Leur passé est pavé de proverbes, ou d'exemples hors du temps. Leur vie est parallèle à leur mémoire qui elle, rectifie le moindre écart aux us et coutûmes. La gestion de la cité est fondée sur l'héritage culturel. Elle peut être en harmonie quand on respecte ses règles et en conflit quand on déroge à ses principes. La pauvreté est la cause principale des conflits. L'instinct de propriété se développe autour des choses qui paraissent vitales, la mère de la discorde est la terre et son espace.

Mohamed CHOUIKH

 

LE CINEMA METAPHORIQUE DE MOHAMED CHOUIKH
extraits d'interview réalisée par Camille Taboulay*

Après l'homme et la femme, passons à l'enfant dont le regard traverse la plupart de vos films. Ces yeux d'enfants, ou d'innocents, qui se posent sur l'action, la ressentent, la jugent peut-être, et en souffrent.

Le regard de l'enfant reste le plus vrai dans mes films car il régule les passions. Le regard de l'enfant aujourd'hui, c'est le regard de l'homme de demain, celui qu'on est en train de former. Dans ses yeux comme sur une page blanche, la société peut inscrire les haines, les révoltes, I'amour ou le terrorisme de demain. On a souvent tendance à oublier que l'homme d'aujourd'hui c'était l'enfant d'hier. On ne naît pas terroriste ou voleur, on le devient, et je reprends encore une réflexion d'Inb Khaldoun qui dit que "I'homme est le fils de son environnement". Or I'éducation algérienne a formé plus de monstres que d'anges. L'enfant avait subi les frustrations, les claustrations, la haine des adultes et leur corruption. C'est souvent à partir de la cellule familiale qu'il fait ses premiers pas et construit ses idées. Cette même cellule familiale est encore dans un système de tribalisme, de régionalisme et de racisme. Donc je m'interroge sur l'environnement que subissent les enfants car leur développement en dépend. Quel que soit les affrontements, justes ou injustes c'est toujours eux qui seront orphelins et victimes. Celui qui parle avec fierté de son héritage culturel doit penser à la fierté de ses enfants en évitant de leur laisser des bombes à retardement de haines et de déchirement.

Ce souci de transmission dont vous parlez peut sembler une réaction au désastre de la génération sacrifiée, celle qui est au coeur de la violence aujourd'hui, et dont on dit qu'elle a souffert d'une absence des pères (et de repères), trop absorbés par leur survie ou l'idéologie. Dans" La Citadelle" ou "L'Arche du désert", il y a ce souci de l'enfant qui regarde, I'idée qu'il ne faudrait pas lui transmettre n'importe quoi.

Cette absence, c'était surtout la trahison du père et son revirement sur une parole et un engagement donnés dans le passé à travers les repères historiques. Les enfants nés après l'indépendance ont été bercés par des discours pleins d'héroïsme, pleins d'anecdotes généreuses et d'abnégations. Les dirigeants devenaient "les pères" de la nation, de la "révolution" et son cortège de martyrs. Les enfants se sont sentis coupables de n'avoir pas participé à la guerre, ils se sentaient infantilisés par des discours en langue de bois. Mais pour se rendre compte plus tard que leurs héros de la révolution et les gestionnaires du parti unique n'avaient rien apporté qui leur donne le minimum de bien être. Ils ont découvert le mensonge du "père" et se sont révoltés contre les repères qu'on leur avait infligés durant des années, il ne se sentaient plus redevables d'une révolution détournée. Et c'est cette génération qui a explosé en octobre 88. événements spontanés ou manipulés ? Je ne le sais pas, mais ce qui est sûr c'est que cela devait exploser un jour, avec ou sans islamisme. Les islamistes ont pris le train en marche, car la crise était déjà là depuis longtemps. C'est le résultat de trente ans de mensonges, de discours idéalistes et écrasants qui ont poussé la jeunesse à se demander à quoi avait servi le sacrifice de ces héros qui laissaient derrière eux une situation dégradée. Le chômage, I'inflation, la pénurie de logement étaient devenus les vrais repères de la société algérienne. Le drame actuel, c'est encore une autre révolution détournée.

En écrivant le sujet de "L'Arche", vous prolongiez ou réagissiez à votre film précédent ?

Je pense les deux mais je pencherais plus pour la continuité. J'ai souvent plusieurs sujets en tête, et c'est celui qui répond à une urgence qui s'impose. Un film est long à faire et parfois, le temps de le tourner, il se trouve largement dépassé par l'actualité galopante chez nous. L'Arche était une urgence par rapport au drame algérien qui symbolise aussi les multiples drames se déroulant un peu partout dans le tiers monde. L'Arche représente, en microcosme, toutes ces tragédies qui s'abattent sur les pays pauvres. La montée des nationalismes, de l'intolérance, les guerres et leurs cortèges funèbres. Ce qui arrive en Algérie n'est pas propre aux algériens, je crois qu'il faut être conscient qu'il s'agit d'un tremblement à l'échelle de la planète. Des murs sont tombés, mais d'autres ont poussé pour séparer des peuples. Le déchirement est devenu une culture de fin de siècle. Ma réflexion est simple, écologique même. Nous sommes dans un espace, une terre, comme dans une oasis, où nous sommes dans l'obligation de tout partager pour vivre, I'eau, la verdure, le travail. Si l'on n'arrive pas à se tolérer dans ces limites d'une vie possible, à s'unir contre l'hostilité du désert, c'est la fin. Pourquoi des gens qui se ressemblent en arrivent à se haïr au point de s'entretuer ? Quelle malédiction pousse les peuples à une autodestruction, au carnage collectif ? Le meilleur exemple c'est le Liban: 17 ans de guerre pour renaître enfin de ses cendres et repartir à zéro, mais entre-temps beaucoup de libanais de tous bords sont morts. Le même danger de libanisation guette mon pays. Même les quêtes identitaire légitimes, si elles ne sont pas canalisées dans un sens unitaire, peuvent mener à L'Arche du désert. Le film anticipe les risques d'un autre drame algérien, qui pourrait être le plus grave de son histoire. L'Arche montre que si on ne peut pas faire une nation dans la diversité, dans la tolérance, si chacun se replie sur sa chapelle, il n'y aura plus ni nation ni chapelle.

Votre scénario s'appelait d'abord "L'Oasis", puis vous avez finalement choisi le symbole de L'Arche. L'Arche est une oasis finalement. Selon le récit biblique, c'est Noé qui voulait ainsi sauver l'humanité.

L'arche a une connotation biblique, I'arche de Noé, c'est un titre préventif car je ne souhaite pas que mon pays arrive au déluge. Mais les peuples du tiers monde n'ont pas Noé pour les sauver ni les capacités de son arche pour les prendre tous. Les malheureux sont trop nombreux et n'ont pas les mêmes croyances. Sauver les gens et les emmener vivre une vie meilleure ailleurs, c'est un recours pour des individus, pas pour des peuples. Un peuple peut difficilement se déplacer, il est condamné à vivre sur ses terres, d'où l'urgence de trouver des solutions.

C'est pourquoi je vous pose la question. A la fin du film, il y a bien un bateau, mais il est ensablé...

Oui, pour moi c'est presque la faillite du symbole biblique. L'enfant qui passe devant ce bateau n'a plus l'innocence de la croyance. Les adultes ont menti et l'enfant ne croit plus à la morale, à la philosophie, aux principes enseignés par eux, puisqu'ils sont le meilleur exemple de leurs contradictions. C'est ce bateau plein de références religieuses et morales qui s'avère ensablé dans ses racines. L'enfant quitte cet univers -infernal pour survivre.
L'enfant s'en va, c'est l'espoir, mais l'Arche est ensablée.
L'Arche est ancrée et prisonnière au milieu des vagues de sable, symboles d'un déluge. Le vrai bateau qui sauvera l'humanité, c'est cette oasis où l'on pourra accoster et vivre. Dans leur folie, les gens commencent par scier la branche sur laquelle ils se trouvent. La palmeraie est nourricière de l'humanité, cet endroit enclavé demeure un espace fragile qu'il faut préserver. C'est cette terre fragile qu'il faut partager et non monter dans des bateaux, même bibliques.

Comme dans "La Citadelle", le film se passe dans un lieu en vase clos, une vie de village où l'on voit bien le conflit d'altérité. Etait-ce pour dire l'ennemi est en soi, I'Algérie se bat contre elle-même ?

L'Arche du désert est endogène et exogène. L'ennemi est en nous, mais nous pouvons aussi l'importer. Nous sommes souvent porteurs du mal qui nous frappe. Dans l'arche de Noé, c'est Satan qui monte et se mêle aux animaux. L'arrivée des armées belliqueuses dans la palmeraie représente cette intrusion. Nous avons assez de violence en nous sans en faire venir en plus. C'est l'étincelle qui fait le brasier et jamais le contraire. Quand un peuple est incapable de surmonter ses difficultés, il voit se multiplier des tuteurs et experts qui vont appliquer à la situation leurs propres analyses et théories sans traiter les vrais besoins, ni même chercher une solution. Dans l'histoire algérienne, à l'époque turque, nous étions menacés par les flottes espagnoles qui nous faisaient la guerre. Nous avons fait appel aux frères barberousse pour nous sauver, et bien ils ont commencé par étrangler le roi qui les avait appelé pour prendre son pouvoir.

Quand vous parlez de violence importée, vous nommez les islamistes.

Je nomme tout le monde. Le système du parti unique tendait irrémédiablement vers une explosion que tout le monde attendait et redoutait. Le Fis est l'aboutissement de cette descente aux enfers. Mais bien avant lui, il y a eu plusieurs mouvements de révolte circonscrits parce qu'ils n'avaient pas eu l'ampleur des évènements d'Octobre 88. Il faut rappeler une des contradictions de l'époque : le pouvoir socialiste (du type des pays de l'est) ne se gênait nullement pour utiliser la religion comme moyen de justification de sa politique. Les Imams dans les mosquées lisaient les circulaires gouvernementales, les décrets sur la révolution agraire ou la gestion socialiste. La politisation de la mosquée a commencé là, pas plus tard. Rien n'est nouveau chez nous. Nous avons la désagréable impression d'être uniquement des importateurs d'idées que l'on doit ensuite expérimenter en Algérie. Nous sommes devenus un immense laboratoire avec tous ses produits chimiques périmés ou explosifs.

Plus que la religion et la politique, vous pensez que ce sont des problèmes d'identification et de culture qui sont au coeur du problème algérien ?

Les problèmes sont culturels et économiques. Sur le plan économique, nous mettons en application toutes les directives issues du Fond Monétaire International, puisque nous sommes passés à l'économie de marché et à sa mondialisation. A-t-on réfléchit suffisamment aux retombées : le chômage, les compressions des personnels, le filet social ? A-t-on réfléchit suffisamment au problème d'équilibre entre le profit et le social ? Il est difficile de répondre, mais ce que je constate sur le plan du cinéma n'est pas réjouissant. Sur le plan culturel, il y a aussi une quête identitaire, c'est important, mais là aussi le danger nous guette au sein même de nos bonnes intentions. Nous risquons de tomber dans l'extrémisme, que la victime devienne bourreau. Nous constatons les prémices d'un racisme latent et le culte des chapelles. Sommes-nous assez forts pour arriver à l'acceptation de l'autre ? Peut-on dépasser les systèmes érigés sur fond de tribalisme, de régionalisme ? C'est à tout ça que doivent répondre les balbutiements de notre démocratie.

 

Mohamed CHOUIKH

(BIO-FILMOGRAPHIE)

Est né à Mostaganem, le 3 Septembre1943.

Il a 11 ans en 1954, quand débute la guerre d'Algérie.

En 1962, l'indépendance est proclamée, Mohamed CHOUIKH rejoint une troupe de théâtre (qui deviendra le Théâtre National algérien). Il s'engage activement avec d'autres artistes pour la construction du théatre et du cinéma en Algérie.

En 1965, Mohamed CHOUIKH joue dans l'une des premières grandes réalisations algériennes : "L'aube des damnés" de René Vautier et Ahmed Rachedi. En 1966, il interprète le rôle de Lakhdar (le fils) dans "Le vent des Aures" de Lakhdar Hamina. Le film a le prix de première oeuvre à Cannes. Jusqu'en 1970, Mohamed Chouikh se consacre essentiellement à sa carrière d'acteur au théâtre et au cinéma. C'est le film de Michel Drach : "Elise ou la vraie vie" d'après le roman de Claire Etchrelli qui le révèle au public français.

1972 est une étape décisive : parallèlement à sa carrière d'acteur, Mohamed CHOUIKH se met à écrire et fait l'apprentissage des métiers du cinéma en participant à divers tournages.

Il réalise ses premiers films pour la télévision algérienne :

"L'embouchure" (1972) et "Les paumés" (1974).

1982 : il est l'assistant réalisateur de Mohamed Lakhdar Hamina pour "Vent de Sable". Le film est dans la sélection officielle à Cannes.

1983 : "Rupture", présenté à la quinzaine des réalisateurs à Cannes.

Il devient "professionnel" du cinéma auprès de l'organisme d'Etat : L'O.N.C.I.C. qui deviendra plus tard le C.A.A.I.C. (Centre Algérien pour l'Art et l'Industrie Cinématographique).

Il réalise divers courts métrages et documentaires.

1989 : "La Citadelle". Présenté dans 70 festivals internationaux le film remporte une vingtaine de prix.

1993 : "Youcef" présenté au festival de Venise et Berlin...

1997 : "L'Arche du Désert" première présentation en compétition au festival de Locarno

 

 

DESERT'S ARK

a film by Mohamed CHOUIKH

Every day, the world produces a thousand and one ordinary stories. They are dirty, ugly and trite, but they break the apparent harmony of the moment and give us insight into hell.

It is one of these ordinary stories that unfurls in Mohamed Chouikh's Desert's Ark. Devoid of time or place this tale begins with "There is" rather than "Once upon a time". On the sea of sand called the desert, floats an ark called an oasis.

There, an insignificant love story between Amin and Myriam suddenly disrupts the age-old order of the oasis's different ethnic groups. Their love story breaches traditional conventions fracturing an otherwise invisible boundary between groups. When the silence of this invisible boundary is broken, it rings of racism. There remains however, one element for which social and racial differences play no role: water. Water makes all people equal, and this intolerable equality pushes the inhabitants to destroy what is the essence of their lives.

Contrary to the myth of Noah's Ark, the Desert's Ark is a place of self-destruction for those seeking refuge. Men provoke the disaster they mean to prevent. They have forgotten the forgiveness of ancient myths.

Like Noah, the anachronic El Moutanabi sails his boat alone on the desert though even animals flee his shelter. He awaits the Deluge that will tranform his wreck into an ark and him into Noah. But El Moutanabi is a madman out of time. Unaware of the violence on earth, he is counting on the sky.

The Desert's Ark is a ghost ship.

 

DIE ARCHE IN DER WÜSTE

ein film von Mohamed CHOUIKH

Es gibt sie, die tausend und abertausend banalen Geschichten, die täglich und überall passieren . Sie sind klein, sie sind hässlich und schmutzig. Sie lassen für einen kurzen Augenblick die Harmonie der Oberfläche aufspringen und geben den Blick auf die Höllen darunter frei.

Eine solche kleine Geschichte erzählt DIE ARCHE IN DER WÜSTE von Mohamed CHOUIKH . Ein Märchen... aber statt mit es -war-einmal" beginnt es mit einem zeit- und ortlosen es -gibt". In einem Meer aus Sand - wir nennen es Wüste - gibt es eine Arche - wir nennen sie Oase. Die unbedarft jugendliche Liebelei zwischen Myriam und Amin bringt das über Generationen verfestigte Gefüge zwi schen den unterschiedlichen Ethnien in dieser Oase ins Wanken. Eine kleine übertretung der alten Konventionen, nach deren Sinn niemand mehr fragt " deren Sinn niemand mehr kennt, macht die unsichtbaren Grenzen zwischen den Ethnien in dieser Oase sichtbar. Für die unsichtbaren Grenzen gibt es kein Wort, die sichtbaren heissen Rassismus .

Es gibt einen Ort, ein übergeordnetes Prinzip, wo die sozialen und rassischen Unterschiede in einer Oase keine Rolle spielen : Wasser. Vor diesem Wasser sind alle gleich. In manischer Konsequenz, als wäre ihnen gerade diese Gleichheit unerträglich, beginnen Bewohner mit der Zerstörung dieses feingliedrigen (Lebens) Nervensystems.

Und in Umkehrung des alten Mythos von der Arche Noah wird die Arche selbst zum Ort der (Selbst)vernichtung derjenigen, die Schutz auf ihr gesucht haben. Menschen produzieren die Katastrophe,die sie verhindern wollen : untereinander kennen sie die Gnade der alten Mythen nicht mehr. Ein eingebildeter Noah hockt als Anachronismus allein auf seinem Boot in der Wüste. Nicht einmal ein Tier sucht Schutz bei ihm. Er hofft auf die himmlichen Fluten, die seinen Kahn in eine Arche und ihn in Noah verwandeln würden. Er ist ein Verrückter, ein in der Zeit verrückter, der auf die Gewalten von oben wartet und die Gewalt unten nicht sieht. DIE ARCHE IN DER WÜSTE ist ein Geisterschiff.